De la consolidation à l’émergence
WISEKEY. L’éditeur de logiciels prévoit la continuation d’une série d’acquisitions qui ont eu lieu dans la sécurité informatique cette année.
Le monde vit dans l’ère de la guerre cybernétique. Depuis la généralisation d’internet, cette préoccupation prend toujours plus d’ampleur au sein de nombreux gouvernements. Surtout à l’heure où le fan club de Wikileaks sévit, tandis que l’Iran est victime du ver Stuxnet, un virus qui a détruit certaines de ses infrastructures nucléaires. Depuis le début de l’année, plusieurs multinationales américaines comme Intel (MC Afee) ou Symantec (Norton antivirus) se sont lancées dans l’acquisition de nombreuses sociétés et comptent bien ne pas s’arrêter là. Car ce sont ces sociétés privées qui défendent à l’heure actuelle la plupart des systèmes gouvernementaux dans le monde. En Suisse, l’armée a admis dans une étude parue en avril 2010 et publiée par le Center for Security Studies de l’Ecole polytechnique de Zurich qu’elle n’était pas en mesure de détecter un piratage professionnel contre sa propre infrastructure, ni de déclencher rapidement une réaction adéquate. Selon Jean-Luc Vez, directeur de l’Office fédéral de la police (FEDPOL), la sécurité sur Internet est un défi qui va aller en augmentant. Carlos Moreira, créateur de Wisekey à Genève, donne sa conception de l’évolution du secteur de la sécurité informatique en Suisse et dans le reste du monde.
Quelle est la motivation qui sous-tend les multiples acquisitions cette année dans le secteur de la sécurité informatique?
L’année 2010 a été révélatrice en termes de chocs médiatiques concernant la cyber criminalité. Que ce soit dans le secteur bancaire, gouvernemental ou privé, les multinationales de la sécurité informatique doivent aujourd’hui mieux répondre aux failles du système et c’est en acquérant de plus petites entreprises, spécialisées dans certains domaines comme les applications sur téléphones portables ou le cloud computing, qu’elles espèrent mieux couvrir le terrain.
Comment voyez-vous évoluer ce secteur en Suisse?
La Suisse possède une multitude de petites et moyennes entreprises intéressantes dans le domaine de la biométrie, de la signature, de la votation ou même des paiements électroniques. Cependant, en contradiction avec cela, le système de sécurité des institutions publiques est encore très mal protégé et l’usage commercial des données personnelles n’est pas plus réglementé qu’ailleurs.
Croyez-vous à de possibles acquisitions de la part d’entreprises de sécurité européennes en Suisse?
Les grandes enseignes de la sécurité informatique européenne, comme Baltimore, ont déjà été rachetées par des firmes américaines. La conjoncture actuelle tend plutôt vers une succession de joint-ventures entre PME en Europe et dans les pays émergents. Wisekey a notamment conclu plusieurs accords en France, en Russie, en Chine et au Brésil cette année.
Comment se fait-il que les Américains soient les leaders du marché de la sécurité mondiale?
Les entreprises telles que Symantec ne font pas que de la sécurité informatique, elles détiennent des centres de stockage de données et des activités dans le développement de tous types de logiciels. Mais, paradoxalement, le premier atout de ce type d’entreprise est la libéralisation presque totale de l’échange d’informations sur Internet.
Quel sera le plus grand défi des éditeurs du domaine de la sécurité à relever en 2011?
Savoir résister dans une époque de consolidation tout en développant des activités dans les pays émergents. Vis-à-vis des nouvelles mesures de réglementation en cours, il y aura aussi sûrement des adaptations à mettre en place.
Vous vous êtes notamment trouvé une place sur ce marché. Comment comptez-vous réagir face à la réglementation sur la protection des données personnelles qui sera votée au sein l’Union européenne en 2011?
Cette nouvelle directive ne fera qu’encourager le cryptage et le stockage d’informations. Un marché qui offre à nos yeux de très belles perspectives. Les éditeurs de logiciels tels que Microsoft ou autres continueront à rechercher des partenariats avec des plus petits éditeurs indépendants.
Où en êtes-vous de l’IPO que vous annoncez depuis 2008?
Le marché des IPO dans le secteur high tech s’est effondré en 2008. Wisekey (comme Facebook ou Zenga) attend le bon moment pour se lancer dans un passage en bourse. Les analystes estiment que 2012 sera une bonne année pour les IPO. En attendant, nous sommes en train de mettre en place une structure sur le marché secondaire SIX-SAG.
INTERVIEW:
ANNE RÉTHORET