
Une douzaine d’entreprises seraient sur la ligne de départ pour une cotation. En deux ans, des levées de capitaux de plus de 10 milliards de francs pourraient intervenir
Sur le front des entrées en bourse, l’humeur était plutôt peccante cette année en Suisse. Seules quatre sociétés ont fait leur apparition au SIX Swiss Exchange, soit Peach Property Group, Orior, Weatherford International et la controversée Transocean. Pas de quoi pavoiser étant donné que les deux dernières n’ont même pas induit d’augmentation de capital. En 2009, cinq sociétés avaient franchi le pas, sept l’année précédente et dix en 2007.
Toujours est-il que la véritable reprise pourrait se concrétiser en 2011. Car, malgré l’insécurité qui règne encore sur les marchés, la crise de l’endettement en Europe et un fléchissement annoncé de la conjoncture, une douzaine de candidats seraient intéressés à faire leur entrée à la bourse suisse (ou Initial Public Offering – IPO – en anglais).
«Plusieurs entreprises sont dans le pipeline. Elles attendent néanmoins que toutes les conditions soient réunies et que les investisseurs répondent présent», explique Philipp Hofstetter, associé chez PricewaterhouseCoopers Suisse (PwC). La situation ne ressemble toutefois de loin pas au jardin d’Eden, relativise-t-il. Et de rappeler qu’un des principaux objectifs d’une cotation est de lever des fonds afin de financer le développement d’une entreprise. «Or, l’accès au crédit ne pose pas de problème particulier, avec des taux d’intérêt très favorables. Pour se financer, les entreprises n’ont donc pas forcément besoin de passer par la bourse», complète ce spécialiste.
Technologie et industrie dans la ligne de mire
Pour Roland Duss, économiste à la banque Gonet & Cie à Genève, les fondamentaux n’en demeurent pas moins favorables, «car les marchés boursiers se sont normalisés et les valorisations qu’il est possible d’obtenir sont décentes». Le spécialiste voit principalement des IPO dans les secteurs à forte demande, telles la technologie, l’industrie et les matières premières. «Les investisseurs sont avides de nouveautés, et la bourse suisse a besoin de diversification», selon lui.
D’après Marco Illy, responsable pour la Suisse de la banque d’investissement de Credit Suisse, «l’appétit au risque des investisseurs et l’injection de capitaux sur le marché des actions constituent un terreau fertile aux entrées en bourse». En ce qui concerne un éventuel calendrier, l’expert prévient qu’il faudra attendre les résultats annuels des éventuels candidats avant qu’ils ne se déclarent.
En d’autres termes, la première fenêtre favorable, ceteris paribus, devrait s’ouvrir en mars. La date peut en effet avoir une importance capitale. «Le succès dépendra du timing et du prix. Par exemple une entrée au moment où les spéculateurs attaquent la dette de l’Espagne pourrait s’avérer périlleuse. Globalement, je reste positif sur l’évolution boursière en 2011. Les IPO devraient être un succès», complète Roland Duss. Grâce à une progression boursière attendue à 13% l’an prochain par Credit Suisse, Marco Illy anticipe «durant les 24 prochains mois, des levées de capitaux de l’ordre de 11 milliards de francs par les potentiels candidats suisses à une IPO». Reste à savoir si ces fonds seront uniquement obtenus en bourse.
Autre facteur susceptible d’accélérer les IPO: les fonds d’investissement (private equity) deviennent probablement impatients de céder leurs participations, eux qui ont dû ronger leur frein lorsque l’économie était claudicante. Et une cotation constitue souvent le meilleur (et plus lucratif) moyen de sortir d’une entreprise. Mais de qui s’agira-t-il? Les papables, déclarés, rêvés, souhaités ou qui laissent miroiter cette perspective depuis plusieurs années, ne manquent pas. Certains «des éternels candidats mentionnés à de multiples reprises», comme les appelle Roland Duss, pourraient bien sortir du bois en 2011.
Les éternels candidats
Le marché évoque entre autres les pistes d’Avaloq, Wisekey, NovImmune, De Sede ou encore Bally et Nycomed. Ainsi que les serpents de mer Selecta et Pilatus. Et Werner Vogt, porte-parole de SIX Swiss Exchange, de conclure que le pipeline des IPO est, à son avis, bien rempli et que plusieurs candidats sont déjà dans les starting-blocks pour l’année prochaine.
En Europe, le marché des introductions en bourse a montré des signes de reprise au troisième trimestre 2010 (dernier chiffre connu). 85 nouvelles cotations ont été réalisées sur le Vieux Continent pour un montant total de fonds levés de 2474 millions d’euros (3088 millions de francs). Ce qui représente toutefois moins du tiers des 89 IPO du deuxième trimestre, selon PwC.
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