Vers un timide retour des IPO 

L’année 2010 pourrait être marquée par un regain d’activité dans le secteur des entrées en bourse. Si les conditions de marché devaient rester favorables, un timoré retour des IPO peut être attendu. Selon les experts, il appert que le marché des introductions en bourse commence peu à peu à sortir de sa léthargie, après dix-huit mois d’encéphalogramme plat. «Nous allons à nouveau voir un marché des Initial Public Offerings très actif en début d’année prochaine», a indiqué récemment Peter Günthardt, directeur marchés actions pour la région Europe, Proche-Orient et Afrique auprès d’UBS, lors d’une conférence organisée par IFR, une publication de Thomson Reuters. Un chiffre a même été articulé: de 30 à 40 milliards de dollars pourraient être levés dans le cadre d’IPO l’an prochain. Il est aussi prévu que les marchés américains et asiatiques des entrées en bourse reprennent des couleurs bien avant l’Europe. Dans ce contexte de traditionnel décalage, quid de la Suisse et de SIX Swiss Exchange? Philipp Hofstetter, associé conseil économique chez PricewaterhouseCoopers Suisse, estime que la forte hausse des cours des actions constatée depuis le plancher de mars n’a pas encore entraîné de revirement de tendance clair pour les premières émissions. «Cela s’explique également par le fait que bien des investisseurs ont préféré jusque-là s’engager dans les nombreuses augmentations de capital d’entreprises déjà cotées.» L’associé part du principe, qu’une fois que cette tendance se sera normalisée, les IPO devraient connaître un regain d’intérêt. «De nombreux candidats potentiels commencent à se préparer à entrer en bourse. Pour le premier semestre 2010, je m’attends à une nette reprise du marché des émissions si le climat boursier positif se maintient». Alors que la Suisse n’a connu en 2009 que cinq pseudo entrées en bourse (puisque toutes étaient des spin off, de nouvelles cotations issues d’une fusion ou une simple cotation d’actions déjà existantes), elle pourrait en accueillir l’année prochaine entre cinq et huit, selon les experts. Cité par Finanz und Wirtschaft, Marc Klingelfuss, responsable corporate finance chez Vontobel ne prévoit un regain qu’au deuxième semestre. Il n’y a donc aucune urgence, surtout que le niveau des actions est encore jugé par beaucoup comme insuffisant.

Les IPO pourraient aussi être une porte de sortie pour les fonds d’investissement qui n’ont pas réussi à vendre des actifs au cours des deux dernières années. Les sociétés de private equity pourraient toutefois encore attendre de meilleures conditions et pour certaines d’entre elles une entrée en bourse n’est pas la solution de désinvestissement privilégiée. Un autre afflux pourrait par ailleurs provenir de la vente d’une activité ou d’un domaine d’activité par des sociétés devant réduire urgemment leur endettement.

En Europe, le nombre d’introductions en bourse a progressé de 28 à 44 unités au cours du troisième trimestre 2009 (derniers chiffres publiés). Le volume total des fonds levés par les IPO est ainsi passé de 456 à 1799 millions d’euros. La bourse suisse SIX n’a quant à elle enregistré qu’une seule introduction en bourse au troisième trimestre, soit la société Mondobiotech, mais sans apport de nouveaux fonds. Deux IPO sont à signaler sur le quatrième trimestre, avec GAM Holding (scission d’avec Julius Baer) et Evolva, suite à sa fusion avec sa consœur en difficulté Arpida. Dans ce dernier cas, on se trouve néanmoins très loin d’une IPO en bonne et due forme. En effet, les 117,8 millions de nouvelles actions Evolva émises sont soumises à une interdiction de négoce d’une année, soit jusqu’au 14 décembre 2010. Leur cours correspond aux 21,1 millions d’anciens titres Arpida déjà cotés et négociables, désormais en tant qu’actions Evolva.

Si aucun candidat helvétique ne s’est encore ouvertement déclaré pour 2010 (voir la liste présumée), de nombreuses entreprises à travers le monde ont déjà fait part de leur intention. Veolia Environnement introduira probablement en bourse sa division transport d’ici à la fin 2010. Le numéro un mondial des services à l’environnement doit d’abord obtenir le feu vert de la Commission européenne et définir la valorisation de l’ensemble. Plus hypothétique, Twitter envisagerait de se vendre ou de s’introduire en bourse dès l’année prochaine. Pour sa part, le constructeur automobile américain General Motors pourrait procéder à une IPO d’ici au 10 juillet, premier anniversaire de sa sortie du redressement judiciaire. Autre rescapé in extremis de la récente crise financière, l’assureur américain AIG, nationalisé en septembre 2008, prévoit d’introduire sa filiale asiatique à la bourse de Hong Kong au deuxième trimestre 2010 et d’y lever 20 milliards de dollars. En Europe, le géant Rusal, premier producteur mondial d’aluminium, a déposé cette année des demandes de cotation à Hong Kong et Paris et espère recueillir jusqu’à 2,5 milliards de dollars en cédant 10% de son capital. Il y a quelques jours, le groupe suisse de courtage en matières premières Glencore a émis pour 2,2 milliards de dollars d’obligations convertibles, se rapprochant ainsi d’une introduction en bourse (lire L’Agefi du 29 décembre).